Pourquoi il ne faut pas avoir peur en avion …

Si vous avez quelques minutes a me consacrer, je vais vous montrer pourquoi il ne faut pas avoir peur en avion. Vous partez bientôt en vacances ? Ou vous devez vous déplacer pour un rendez-vous professionnel et vous vous demandez si l’avion que vous allez prendre a bien été entretenu ? Les pilotes de cette compagnie sont-ils vraiment des professionnels aguerris et entrainés aux plus hauts standards ? Ou tout simplement, la compagnie aérienne est-elle sérieuse ?

Si vous partez depuis un pays membre de l’Union européenne, la réponse à toutes ces questions est oui ! Mais qui contrôle tout ça au juste ?

Tous ces contrôles sont l’affaire de L’EASA c’est L’Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne (en Anglais : European Union Aviation Safety Agency). C’est le gendarme Européen de l’aviation. 

Une présence mondiale

Elle est responsable des 27 pays de l’Union Européenne + La Suisse, L’Islande, la Norvège et le Liechtenstein. Cette agence à son siège à Cologne en Allemagne. Elle a plusieurs bureaux à travers le monde. 

Son alter ego aux Etats-Unis s’appelle la FAA (Federal Aviation Administration). Ces deux grandes agences travaillent main dans la main et coopèrent sur pas mal de sujets. Elles s’accordent sur les règles de l’aviation. On peut même dire que par certains aspects, elles se copient. Et c’est une bonne chose car ça apporte un cadre et une cohésion pour toutes les compagnies aériennes mondiales. Donc si vous avez peur en avion, c’est plutôt rassurant. La FAA et l’EASA forment le cœur du réacteur nucléaire des règles de sécurité aérienne et à peu près tous les pays du monde les copient ou adoptent leurs règles.

Si l’EASA s’occupe de réguler le transport aérien européen, elle est chapeautée par L’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale). L’OACI est une organisation mondiale qui dépend des Nations Unies. Elle établit les règles et règlements concernant la formation et l’octroi de licences au personnel aéronautique, les systèmes de communication, le contrôle du trafic aérien, les exigences de navigabilité des aéronefs, la météorologie aéronautique et les cartes.

Pour revenir à l’EASA, son champ d’action est étendu mais sa mission première est de garantir l’utilisation sûre, efficace et sécurisée de l’aviation européenne. Elle est notamment responsable de : 

  • La certification des avions et tout autre engin volant (drone, hélicoptères, etc)
  • L’inspection des opérations des compagnies aériennes, des employés, de la sécurité des aéroports et du système de contrôle du trafic aérien européen
  • L’autorisation des compagnies aériennes non européennes dans le ciel européen.

Voyons plus en détail les trois grandes responsabilités de l’agence : 

Des normes drastiques (qui expliquent pourquoi vous ne devriez pas avoir peur en avion)

C’est l’une des plus grosses missions de l’EASA (et de la FAA au États-Unis) : s’assurer que l’avion dans lequel vous monterez pour aller jusqu’à l’autre bout du continent ou même l’autre bout du monde a été construit selon les normes les plus drastiques de sécurité. Quand Airbus a voulu construire son avion dernier cri, l’A350, il a dû obtenir un “certificat de type”. À cette fin, il a dû suivre un processus en 4 étapes : 

  1. Tout d’abord, il a présenté son projet à partir du moment où celui-ci avait déjà atteint un degré de maturité suffisant. En d’autres mots, il y avait déjà des plans ainsi que des études commerciales et techniques prouvant la faisabilité du projet.
  1. Puis il s’est mis d’accord sur les moyens de démontrer la conformité de l’A350 avec chaque exigence de la base de certification ; c’est-à-dire, quelles normes vont paraître dans le cahier des charges et comment elles seront contrôlées.
  1. Avec la construction du premier prototype, l’avionneur a dû démontrer la conformité de son produit aux exigences réglementaires : la structure, les moteurs, les systèmes de contrôle, les systèmes électriques et les performances de vol par rapport à la base de certification. Cela fut accompli avec des essais au sol (essais de résistance de la structure aux impacts d’oiseaux, essais de fatigue et essais en simulateur) mais aussi avec des essais en vol. C’est la phase la plus longue. Elle peut durer cinq ans, voire plus si nécessaire.
  2. À la clôture de l’étape précédente, Airbus réussit à démontrer la conformité de son tout dernier appareil. l’AESA put ainsi clôturer le dossier et lui délivrer le certificat de type.

Selon les propres aveux d’Airbus, leur programme de certification fut un vrai succès : 

“Le programme d’essais en vol et de certification de la version A350-900 a duré un peu plus de 14 mois – un record dans l’industrie pour ce qui est de la durée de réalisation – et comprenait une flotte de cinq appareils ayant effectué plus de 2 600 heures de vol au total”

Ceci est une inspection SAFA !

L’EASA effectue des inspections de routine et des inspections surprises en examinant chaque détail des opérations d’une compagnie aérienne. Elle observe et inspecte les employés des compagnies aériennes dans leurs opérations quotidiennes et tous les documents, y compris les carnets de bord et les manuels.

Pour ce qui est des inspections surprises, je peux vous dire que les autorités sont tatillonnes et n’ont pas le goût de la plaisanterie ! Le moindre faux pas et c’est le gros problème ! Les compagnies aériennes n’ont pas peur en avion, elles ont plutôt peur de l’EASA ! Je peux parler de mon expérience personnelle où j’ai subi des inspections sur le tarmac de plusieurs aéroports européens. On appelle dans le milieu des “ramp checks” ou “contrôle de passerelle”.

Vous êtes dans le cockpit de l’avion en train de tranquillement préparer votre prochain vol et d’un coup, deux ou trois agents débarquent dans votre avion depuis la passerelle. Ils prononcent les mots magiques : “ceci est une inspection SAFA !”. SAFA est un terme générique, mais il est plus correct de dire SAFA pour le contrôle des compagnies extra européennes et SACA pour les compagnies intra européennes.

Même les inspecteurs utilisent des checklists

Dès lors, ils épluchent tous vos certificats et licences de pilotes ainsi que les papiers de l’avion. Les inspecteurs ont une check-list de 54 éléments qu’ils peuvent vérifier. Ces éléments sont répartis sur 5 domaines : le poste de pilotage, la cabine, l’état de l’appareil, le fret et la dernière catégorie appelée “divers”. Ils ne vont pas vérifier tous les éléments de la liste, car cela prendrait trop de temps (le but n’est pas de retarder le vol, sauf en cas de manquement ou d’irrégularité grave).

Parmi les 54 éléments, il y a une sous-liste de 24 composants de première catégorie (catégorie A) que les agents vérifient à tous les coups. Pour ce qui est de mon expérience, j’ai toujours eu des inspections sur tout ou partie de ces éléments, sans surprise ils concernent des objets ou des documents se trouvant dans le poste de pilotage. Des choses comme : 

  • Conditions d’état général
  • Sortie de secours
  • Les équipements
  • Les manuels
  • Les check-lists
  • Les cartes de navigation/instruments
  • La liste d’équipement minimum
  • Le certificat d’immatriculation
  • La licence radio
  • Le certificat de navigabilité

Vous pouvez voir ci-dessous un exemple de check-list d’inspection que les agents utilisent :

SAFA check-list

S’ ils constatent des irrégularités mineures, ils peuvent envoyer un avertissement ainsi qu’une demande de régularisation à votre compagnie aérienne. Si l’irrégularité est plus importante (défaut de certificat de navigabilité) ils ont le pouvoir d’immobiliser l’avion. Ayant toujours eu la chance de travailler pour des compagnies sérieuses, je n’ai jamais eu le désagrément de m’entendre dire que mon avion allait être bloqué !

L’EASA a aussi le pouvoir d’imposer des sanctions financières pouvant aller jusqu’à 4% du chiffre d’affaires annuel de la compagnie aérienne. Pour une compagnie comme Air France qui a fait 33 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2021, cela représenterait une amende de 132 millions d’euros. Même si 4% du chiffre d’affaires est la limite théorique, il n’y a pas de limite quant aux violations sur la sécurité du transport des matières dangereuses. Pour information les compagnies ont le droit de transporter des matières dites “dangereuses” dans leurs soutes, comme des produits inflammables, mais elles doivent suivre des règles draconiennes de manière à ne pas mettre la vie des passagers et des équipages en danger.

L’autorisation des compagnies étrangères (hors Europe)

Sur le sujet particulier des compagnies aériennes non européennes, il existe une liste noire des sociétés qui ne sont pas admises dans l’espace aérien européen, car jugées pas assez sûres. Si un jour vous décidez d’utiliser une compagnie aérienne d’un pays tiers, et que vous avez peur en avion vous pouvez consulter cette liste ici. Elle est régulièrement mise à jour.

On peut dire qu’en général, les compagnies aériennes des pays développés ont un meilleur bilan de sécurité que celles des pays en voie de développement. 

À ce titre, je me souviens lorsqu’en 2007 la compagnie nationale de l’Indonésie Garuda Indonesia avait été blacklistée par l’EASA. L’Union européenne ne s’était pas contentée d’interdire seulement cette société, elle avait également interdit les autres compagnies du pays comme Citilink et Lion Air. En fait c’était un bannissement au niveau national. Aucune compagnie indonésienne n’était considérée comme “sûre” car le problème était systémique avec le régulateur indonésien qui avait montré de grosses lacunes en matière de surveillance de ses propres opérateurs. Pour résumer l’affaire, le pays était tellement gangrené par la corruption qu’on ne pouvait se fier au jugement neutre des autorités aériennes. Ce problème a été corrigé et les compagnies indonésiennes ont été ré-autorisées en 2018.

Conclusion

Je vous ai donné ici un bref descriptif des principales missions du régulateur de l’aérien en Europe. Sans aller plus loin, j’espère que vous réaliserez que vous êtes définitivement en de bonnes mains lorsqu’il s’agit de garantir votre sécurité lorsque vous voyagez… Même si vous avez peur en avion. Alors lorsque vous serez dans la passerelle pour embarquer vers votre prochain rendez-vous professionnel ou vers votre prochaine destination vacances, vous pourrez apprécier l’instant…

… À part si l’avion dans lequel vous êtes sur le point de monter ressemble à ça ! (Ce qui ne risque pas d’arriver en Europe)

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