Le 21 janvier 2024, un Airbus A350 d’Air France a subi un tail strike, c’est-à-dire un choc de la queue de l’avion contre le sol, à l’atterrissage à Toronto. Cet incident aéronautique, bien que spectaculaire, n’a heureusement causé aucun blessé parmi les passagers.
Cependant, il met en lumière un phénomène dangereux pouvant survenir lors du décollage ou de l’atterrissage, susceptible d’avoir de graves conséquences sur l’appareil et de mettre en danger la sécurité des passagers et de l’équipage.
Dans cet article, j’explorerai en profondeur les causes, les conséquences, et les méthodes de prévention d’un tail strike.

Quest-ce que le Tail Strike ?
Un tailstrike, ou toucher de queue en français, est un incident aéronautique redouté qui survient lorsque la partie arrière de l’avion, appelée la queue, heurte le sol. Ce choc peut se produire lors de différentes phases du vol, notamment au décollage et à l’atterrissage.
La gravité d’un tail strike peut varier considérablement, allant d’un simple incident avec des dégâts superficiels à un accident grave pouvant compromettre la structure de l’aéronef et menacer la sécurité des passagers. Bien que dans 99.99% des cas, je vous rassure, c’est la structure qui trinque et non les passagers !
Les premiers incidents de tail strike remontent aux débuts de l’aviation commerciale. À l’époque, les aéronefs étaient moins sophistiqués, et les procédures de sécurité étaient moins rigoureuses. Maintenant le risque de tail strike est bien maîtrisé, même si il arrive encore dans de très rares cas.
Au fil des décennies, l’industrie aéronautique a tiré de précieuses leçons de ces événements, menant à des améliorations significatives dans la conception des avions et les protocoles de formation des pilotes, contribuant ainsi à une réduction significative de leur fréquence.
Certains avions comme le Boeing 777-300 ER sont même équipés d’un système logiciel qui ralentit la vitesse de rotation de l’avion au décollage pour éviter que la queue ne frotte pendant le départ de l’appareil.
Quelles sont les causes d’un Tail Strike ?
Les principales causes d’un tail strike sont au nombre de quatre :
- L’erreur de pilotage.
- Des problèmes mécaniques.
- Une surcharge de l’avion.
- Des conditions météorologiques défavorables.

1. Erreur de pilotage
L’erreur humaine est souvent la principale cause des tail strike. Les pilotes, même les plus expérimentés, peuvent commettre des erreurs en raison de la fatigue, du stress ou de conditions imprévues.
Les erreurs humaines les plus courantes sont :
Une approche instable
Une approche instable est souvent un signe avant-coureur d’un atterrissage problématique, pouvant conduire à un tail strike, particulièrement pour des avions de grande taille comme l’Airbus A350 ou le Boeing 747.
Une approche est qualifiée d’instable si :
- L’avion ne suit pas la trajectoire ou la vitesse d’approche prévue.
- Les configurations de l’appareil ne sont pas correctement établies.
- Les réponses aux commandes de vol ne sont pas adéquates.
Dans de telles situations, le commandant de bord pourrait devoir effectuer des corrections importantes et soudaines en fin d’approche, augmentant ainsi le risque de tail strike.
Les causes d’une approche instable peuvent inclure des :
- Conditions météorologiques défavorables
- Erreurs de jugement de la part de l’équipage.
- Problèmes techniques liés à l’avion.
Par exemple, des vents forts ou des rafales peuvent perturber la trajectoire de vol et rendre difficile le maintien de l’alignement avec la piste et de la vitesse d’approche optimale. Normalement quand une approche est instable, la procédure à suivre est une remise de gaz et une nouvelle approche dans la foulée.
Ironiquement, Le 21 janvier 2024, l’Airbus A350 d’Air France a subi a « frotté » pendant la remise de gaz !
Un Flare excessif ou tardif
Pour les gros porteurs comme l’Airbus A350, la phase de flare est particulièrement critique. Le flare, ou arrondi, consiste à tirer sur le manche à la dernière seconde pour stopper la descente de l’avion et éviter un contact violent avec la piste.
Un flare trop prononcé ou effectué trop tardivement peut entraîner un tail strike, où la queue de l’appareil heurte la piste.
Ce risque est souvent lié à la tentative de réaliser un atterrissage doux. Si le flare est exécuté avec trop d’amplitude ou à une altitude trop élevée, cela peut entraîner un tail strike, surtout si la manœuvre n’est pas bien synchronisée avec la réduction de vitesse et la perte d’altitude.
Les conditions météorologiques et l’adresse du pilote jouent un rôle crucial dans le succès de cette manœuvre.
Un angle d’attaque excessif
L’angle d’attaque est l’angle entre la corde de l’aile et la direction de l’avion.

Sur l’Airbus A350, comme sur d’autres grands avions de transport, la gestion de cet angle durant l’atterrissage est cruciale.
Lorsque l’avion ralentit pour atterrir, l’angle d’attaque doit être progressivement augmenté pour maintenir la portance nécessaire afin de compenser le poids de l’avion. Toutefois, si le pilote relève le nez de l’appareil de manière trop abrupte ou excessive, cela peut entraîner un tail strike. Comme vous pouvez voir sur l’illustration ci-dessus. Plus l’angle d’attaque est élevé, plus il y a de probabilité que la queue de l’appareil touche le sol.
Un stabilisateur mal réglé
Le réglage adéquat du stabilisateur est essentiel pour la gestion de l’atterrissage d’un avion.
Sur l’Airbus A350, un stabilisateur mal réglé peut provoquer un déséquilibre aérodynamique, augmentant ainsi le risque de tail strike.
Le stabilisateur, situé à l’arrière de l’avion, joue un rôle clé dans le contrôle de l’assiette de l’appareil.
Si le stabilisateur est positionné trop haut ou trop bas, cela peut entraîner une inclinaison excessive de l’arrière de l’avion lors de l’atterrissage.
Les pilotes doivent s’assurer que le stabilisateur est correctement ajusté en fonction des paramètres de vol spécifiques, notamment le poids de l’avion, la vitesse d’approche et les conditions météorologiques.
Un mauvais réglage peut être dû à une erreur humaine ou à un dysfonctionnement technique. Cependant, cela reste peu probable sur un A350, car leurs systèmes de contrôle automatisés aident à maintenir le stabilisateur dans la position optimale et les pilotes n’ont pas vraiment à s’en soucier dans une configuration normale.
En cas de panne, c’est autre chose. Mais ce jour-là l’avion d’Air France était en parfait état technique.
2. Problèmes mécaniques
Des défaillances mécaniques, telles qu’un problème avec le train d’atterrissage ou des dysfonctionnements des systèmes de contrôle de vol, peuvent également contribuer à un tail strike.
Une maintenance rigoureuse et régulière est essentielle pour prévenir ces incidents.
3. Surcharge de l’avion
Une mauvaise répartition du poids ou une surcharge de l’avion peut affecter son équilibre et ses performances, augmentant ainsi le risque de tail strike. Les protocoles de chargement doivent être suivis scrupuleusement pour garantir une distribution correcte du poids.
4. Conditions météorologiques défavorables
Les conditions météorologiques défavorables, comme des vents forts, des rafales ou des turbulences, peuvent compliquer les manœuvres de décollage et d’atterrissage, augmentant le risque de tailstrike.
Par exemple, un vent arrière au décollage peut provoquer un décollage trop rapide, entraînant un angle d’attaque trop élevé.
Des conditions météo défavorables ont peut-être été un facteur déterminant pour l’incident de l’A350 d’Air France.
Quelles sont les conséquences d’un tail strike ?
Les conséquences d’un tailstrike peuvent varier en fonction de la gravité de l’impact. Les dommages les plus courants sont les suivants :
Dommages à l’avion
Un tail strike peut causer des dommages structurels importants à l’avion (queue, fuselage, moteur), nécessitant des réparations coûteuses et parfois même le remplacement de certaines parties de l’appareil.
La queue de l’avion, souvent composée de matériaux sensibles et vitaux pour la stabilité de l’appareil, peut subir des dommages graves.
Risques pour les passagers et l’équipage
Bien que la plupart des tail strikes ne conduisent pas à des accidents graves, ils représentent un risque significatif pour la sécurité.
Les vibrations et les secousses peuvent causer des blessures aux passagers et à l’équipage, et dans certains cas, des incidents plus graves peuvent survenir.
Coûts de réparation
Les coûts associés à la réparation des dommages causés par un tail strike peuvent être élevés, incluant non seulement les réparations physiques mais aussi les pertes financières dues à l’immobilisation de l’avion.
On estime le coût de réparation de l’A350 à plusieurs millions d’euros.
Les compagnies aériennes doivent également prendre en compte les coûts indirects, comme la perte de confiance des passagers.
Impact sur la réputation de la compagnie aérienne
Les incidents de tailstrike peuvent affecter la réputation des compagnies aériennes.
Une gestion proactive et transparente des incidents est essentielle pour maintenir la confiance des passagers et du public.
Quelles sont les mesures de prévention d’un tail strike ?
Il existe plusieurs mesures qui peuvent être prises pour prévenir les tailstrikes :
La formation des pilotes
Une formation rigoureuse et continue des pilotes est essentielle pour prévenir les tail strikes.
Les simulateurs de vol permettent de reproduire des scénarios de tail strike, aidant les pilotes à s’entraîner dans des conditions sécurisées.
L’utilisation de technologies avancées
Les technologies modernes, comme les systèmes d’alerte et les aides à la navigation, peuvent aider à prévenir les tail strikes en fournissant des informations précises et en temps réel aux pilotes.
Il existe des systèmes d’alarme qui préviennent le pilote au cas où la queue se rapprocherait trop près du sol. Je ne sais pas si ils ont été activés ce jour là. A priori, non.
Les systèmes de détection d’angle d’attaque et les alarmes de configuration de vol (volets, train) jouent un rôle crucial dans la prévention des erreurs de pilotage.
Des procédures standardisées
L’instauration de procédures standardisées pour le décollage et l’atterrissage sur les Airbus et Boeing peut réduire les risques de tail strike.
Ces procédures sont basées sur les meilleures pratiques et les leçons tirées des incidents passés.
La surveillance des conditions météorologiques
La surveillance proactive des conditions météorologiques et la planification des vols en conséquence peuvent aider à éviter les tail strikes.
Les pilotes doivent être informés des conditions météorologiques prévues et ajuster leurs techniques de décollage et d’atterrissage en conséquence.
Conclusion
Le tailstrike est un problème sérieux avec des causes multiples et des conséquences potentiellement graves.
Des efforts concertés de la part des pilotes, des compagnies aériennes, des autorités et des constructeurs aéronautiques sont nécessaires pour le prévenir, en s’appuyant sur la formation, les technologies avancées et des procédures rigoureuses.
La sécurité aérienne reste une priorité absolue, et l’industrie aéronautique ne cesse de s’engager pour réduire les risques de tailstrike et garantir des vols sûrs.




