Peur en avion – Trou d’air, un mythe qui persiste !

Si vous avez déjà pris l’avion, il est fort probable que vous ayez fait l’expérience d’un « trou d’air” ou de ce qui ressemble à une chute rapide de l’avion dans l’air. Certaines personnes croient en leur existence et se disent que si l’avion passe dedans il va brutalement tomber, perdre beaucoup d’altitude et peut-être même finir au sol.

Les trous d’air n’existent pas techniquement, mais c’est une expression qui s’est répandue et qui est encore utilisée (à tort) aujourd’hui. Le terme « trou d’air » viendrait des débuts de l’aviation au siècle dernier, à une époque où les premiers pilotes volant dans des biplans à cockpit ouvert emmenaient les personnes en mal de sensations faire des tours dans leurs « machines volantes ». Comme c’était avant que le moteur à réaction soit inventé, ces avions volaient à des vitesses relativement lentes. Ils étaient sujets à des déplacements verticaux relativement importants d’où cette expression qui est restée au fil du temps.

Ces “trous d’air » ne sont simplement que des turbulences. Elles sont tout à fait naturelles. L’air est un fluide tout à fait malléable, et comme tous les fluides, il peut être sujet à des déplacements et des perturbations. Comme l’eau du torrent peut présenter des remous, l’air peut aussi être sujet à des remous. C’est un fait de la physique avec lequel nous devons vivre. J’aimerais avoir une baguette magique pour supprimer cette gêne, mais cela n’est pas possible !

Il va donc falloir faire avec. Par contre, si on comprend comment elles fonctionnent, nous serons plus à même de gérer notre anxiété ; la peur venant souvent de l’ignorance.

Si vous voyagez sur un avion de ligne et que celui-ci rencontre des turbulences, il est probable qu’il gagne ou perde de l’altitude. Mais en pratique c’est rarement plus 6 mètres, surtout si l’avion est en pilotage automatique, ce qui est le cas dans 100% des cas lorsqu’il vole en croisière (sauf panne inattendue). 

Sachant qu’un avion de ligne vole en moyenne à une altitude comprise entre 9000 et 12000 mètres, s’il venait à perdre 6 mètres à cause des turbulences qu’il rencontre, un calcul rapide nous montre qu’il perdrait 0.07% de son altitude. Il reste donc beaucoup de marge avant de terminer au sol !

Je me souviens d’un cas extrême, où, traversant l’Himalaya, le Boeing 787 que je pilotais perdit 75 mètres en 30 secondes à cause des courants surpuissants à proximité du mont K2. Ce fut bien sûr temporaire et l’avion reprit l’altitude initiale presque aussi vite qu’il l’avait perdue.

Mais les turbulences, comment ça fonctionne au juste ? 

Les turbulences peuvent avoir beaucoup d’origines différentes et cela pourrait prendre des pages et des pages pour en parler. Nous allons nous contenter d’en donner une définition simple. Selon l’encyclopédie Britannica, le trou d’air est défini comme un fort courant ascendant, courant descendant ou chute soudaine du vent de face ou du vent arrière rencontré par un aéronef en vol.

Prenons le cas des courants d’air ascendants ou descendants pour expliquer comment ils peuvent causer des turbulences. Imaginez un Airbus A320 qui part de Paris pour se rendre dans le sud de l’Espagne. Il rencontre en croisière une masse d’air qui se déplace à une vitesse de 100 kilomètres par heure, ce qui crée du vent de face. Le vent est bien établi et régulier, l’avion ne rencontre aucune turbulence. 

Il approche maintenant des Pyrénées ; cette même masse d’air épouse la forme des montagnes, ce qui crée comme une vague ascendante ou descendante selon l’endroit où on se place. Notre Airbus, qui jusque-là allait contre un vent de face parfaitement parallèle à sa trajectoire de vol, va maintenant rentrer dans un courant descendant sur une distance relativement courte. Ce simple changement de direction du vent vers le bas va créer des turbulences. Il en sera de même lorsque l’avion passera de l’autre côté des Pyrénées et affrontera cette fois-ci un vent ascendant.


Il y a des livres entiers sur la théorie des turbulences et le sujet est, en fait, plus compliqué que ça ; mais je viens de vous montrer un exemple simple qui illustre que les turbulences sont toujours dues à un changement de direction et/ou de vitesse de la masse d’air dans laquelle se déplace un avion. Comme un bateau sur l’océan subit les effets de la houle, un avion est sujet aux mouvements de son environnement, c’est-à-dire de la masse d’air dans laquelle il vole.


Cependant, cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien y faire. Nous, les pilotes, utilisons tout un tas d’outils de prédictions météo extrêmement précis qui nous permettent de savoir où se trouvent de potentielles turbulences et, par conséquent, nous permettent de les éviter. Certaines fois nous ne pouvons pas utiliser la stratégie d’évitement, car cela impliquerait un détour de plusieurs dizaines, voire centaines de kilomètres. Dans ce cas-là, nous avons d’autres stratégies qui vont nous permettre d’atténuer les effets des turbulences sur l’avion. Nous pouvons par exemple changer d’altitude ou bien réduire la vitesse de l’appareil.
Dans tous les cas, nous allumons la consigne de ceinture attachée (parfois de manière préventive) pour éviter que nos passagers se cognent la tête ou se blessent.

Mais comme la perfection n’est pas de ce monde, il se peut que de temps en temps les prédictions ne soient pas complètement correctes. Il se peut que nous ayons prévu des turbulences sur une portion de notre parcours et qu’il n’y en ait aucune. Donc si vous remarquez que la consigne lumineuse a été allumée préventivement cela ne va pas forcément se concrétiser en turbulences violentes dans la minute qui suit. Donc pas besoin de stresser. C’est juste que le pilote prend toutes les précautions possibles pour éviter tout désagrément ou blessure aux membres de l’équipage ainsi qu’à vous, chers passagers !

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